Inspiring stories #3: Laurine Delforge, d’espoir national à meilleure arbitre du monde

A seulement 26 ans, Laurine Delforge a déjà presque tout connu dans le hockey, que ce soit en tant qu’arbitre ou en tant que joueuse, dont la carrière est moins connue que son brillant parcours le sifflet en bouche. Juriste d’entreprise, joueuse de division d’honneur et récemment élue meilleure arbitre de l’année par la fédération internationale de hockey (FIH), Laurine Delforge enchaîne les succès, tout en restant simple et disponible. C’est d’ailleurs après un match au sommet entre le Watducks et l’Antwerp, où elle a officié en tant que joueuse, qu’elle nous a accordé une interview, le sourire toujours aux lèvres, visiblement encore sur un nuage depuis sa finale olympique sifflée à Rio. Portrait.

Le 19 août, la plus jeune arbitre de hockey de l’histoire des Jeux Olympiques s’apprête à monter sur le terrain pour diriger les débats de la finale olympique féminine, qui oppose les Pays-Bas à la Grande-Bretagne.

Premiers Jeux Olympiques, Première finale olympique!

Autour d’elle, des légendes du hockey, souvent bien plus âgées. Pour l’accompagner sur le terrain en tant qu’arbitre, Michelle Joubert, élue meilleure arbitre du monde en 2015. Laurine Delforge ne s’est pas perdue, elle est bien là pour siffler la finale olympique, le rêve ultime de tout arbitre. La jeune femme n’a pas volé sa place. Après une préparation intense de trois mois, elle enchaîne les excellentes prestations lors du tournoi olympique, à commencer par une première affiche, Australie-Grande Bretagne pour débuter. « Je ne m’y attendais vraiment pas. Ils ont mis les deux arbitres les plus jeunes, les deux bébés pour ce match », rigole-t-elle. « Mais pour une première rencontre, ça s’est plutôt bien passé », confie Laurine Delforge.

La suite ? Que des grosses affiches, dont le plus gros quart de finale. L’arbitre belge pense alors avoir fini son tournoi sur une belle note. Mais le meilleur est à venir. «Lorsque j’entends que c’est moi qui vais arbitrer le derby Allemagne Pays-Bas en demi, je me dis ‘meeeerde’», sourit la plus jeune arbitre des Jeux Olympiques, qui reste pourtant les pieds sur terre. «C’est assez difficile à expliquer. Au final, je me disais : c’est seulement un match, jaune contre vert et rien de plus. Ma préparation mentale avec Jeff Brouwers m’a beaucoup aidé». A nouveau, la rencontre se passe bien, à tel point qu’elle est désignée pour siffler la finale olympique. Le Graal pour chaque arbitre. «Je n’écoutais même pas», avoue la désormais meilleure arbitre du monde. « Lorsque j’entends mon nom, je me dis que je suis troisième arbitre. Ce n’était pas possible. Personne ne fait jamais quart, demi et finale. C’était complètement hallucinant. J’en ai encore des frissons aujourd’hui quand j’en parle », nous confie-t-elle.

Plus d’une heure après un intense combat qui se termine aux shoot-outs et par une victoire de la Grande-Bretagne,
l’arbitre belge vient de parachever son œuvre avec une nouvelle prestation réussie. La plus jeune arbitre de hockey de l’histoire des Jeux Olympiques vient de marquer l’histoire de son sport. Et elle s’appelle Laurine Delforge.

« Essaye, tu verras ce que c’est »

Dix ans plus tôt, c’est une jeune joueuse prometteuse de l’Orée qui arbitre le premier match de sa très jeune carrière. Plus une punition qu’autre chose pour Laurine Delforge, qui n’a pas sa langue en poche sur le terrain. « C’était Lionel Sempoux qui me coachait à l’époque et chaque fois que je rouspétais, je devais aller sur le banc. Et j’y ai passé beaucoup de temps », rigole-t-elle. Son père, arbitre, lui propose alors d’essayer d’arbitrer un match, pour voir ce que c’est de se retrouver à siffler un match. « Je devais avoir 14 ans et j’ai sifflé le match de ma sœur à l’Orée », ajoute Laurine. Un an plus tard, elle passe les examens d’arbitrage sous les conseils de Jean-François Stappaerts, qui est à la recherche d’arbitres féminines. « Je ne sifflais que les kicks à l’époque, c’est tout. J’ai sifflé mon premier match officiel à seize, ou dix-sept ans. C’était avec Laurent Dooms en cadets garçons. J’arbitrais le samedi matin puis je jouais l’après-midi », se souvient-elle.

A l’époque, c’est le stick à la main que Laurine Delforge se voit participer aux plus grandes compétitions internationales. Née au sein d’une famille de hockeyeurs, la jeune joueuse foule les terrains depuis ses cinq ans, d’abord au Parc, puis à l’Orée, où elle remporte presque tous les titres dans chaque catégorie d’âge. A seulement 15 ans, elle décide de retourner dans son premier club, pour déjà jouer avec l’équipe première du Parc, en Division d’Honneur. Sa carrière au plus haut niveau est en train de décoller. Trois ans plus tard et des sélections dans toutes les équipes nationales jeunes, Laurine Delforge passe une autre étape cruciale dans son parcours de joueuse.

Sélectionnée en U18 nationale, son profil tape dans l’œil d’Adam Commens. Il lui propose de rejoindre l’Antwerp, le club du  Nord d’Anvers, à près de 100 kilomètres de chez elle. « J’avais 17 ans et mon père a directement accepté de faire les trajets. Il m’a dit : ‘je te conduis pendant deux ans, puis tu fais la route toi-même’ ».

D’espoir national à arbitre internationale

La Bruxelloise évolue ainsi dans l’une des meilleures équipes du championnat belge et poursuit son aventure avec l’équipe nationale U21, aux côtés de nombreux cadres actuels des Red Panthers comme Barbara Nelen ou Aisling d’Hooghe.

Un espoir du hockey belge, avant la déception

La carrière internationale de Laurine Delforge ne suit pourtant pas la même trajectoire que ses coéquipières puisqu’elle n’est pas appelée avec les A, malgré ses trois titres de championne de Belgique avec l’Antwerp. «Ça a toujours été un peu une déception. Je ne suis clairement pas la plus imposante physiquement et je pense que cela a joué. J’ai eu depuis des propositions pour rejoindre les Red Panthers, mais j’avais d’abord mes études, puis ma carrière d’arbitre».

Cette non-sélection est déterminante dans le parcours de celle qui n’est en alors qu’aux premiers balbutiements de sa carrière dans l’arbitrage. Peu de temps après, et alors qu’elle mène déjà de front des études de droit et un poste de joueuses titulaire dans l’une des meilleures équipes de la compétition belge, Laurine Delforge prend son rôle d’arbitre de plus en plus au sérieux. Une vie à cent à l’heure qu’elle parvient pourtant à parfaitement gérer. « J’ai dû apprendre à très bien organiser mon temps. C’est sûr qu’il faut une certaine discipline », avoue celle qui éclot comme arbitre internationale en 2012, lorsqu’elle est appelée pour un tournoi international en Afrique du Sud.

2012. Premier tournoi international en Afrique du Sud

La compétition est supervisée par une légende de l’arbitrage, qui détient encore le record de matchs sifflés. Tout de suite, elle repère le profil de notre arbitre belge, en qui elle voit une future grande. « Elle m’a clairement dit à la fin du tournoi : ‘Toi, tu arrêtes d’espérer jouer en équipe nationale et tu arbitres !’ », se souvient la joueuse de l’Antwerp. « Elle trouvait que j’avais un excellent positionnement et elle me disait déjà : ‘dans quatre ans, tu es à Rio’. J’avoue que je n’en étais pas si convaincue, mais visiblement, elle avait ses entrées à la FIH puisque seulement un an après, j’étais désignée pour une World League 3 à Londres, où j’ai terminé par une demi-finale Argentine-Angleterre. C’est à ce moment-là que je suis me dit que c’était peut-être possible d’aller à Rio ».

En route vers les Jeux Olympiques

Les surprises s’enchaînent et l’arbitre belge est ensuite désignée pour la Coupe du Monde 2014 à La Haye. En deux ans, la juriste et joueuse de l’Antwerp s’est imposée comme l’une des arbitres de référence au niveau mondial, même si elle ne se rend pas encore compte de son statut naissant à l’époque. « C’était une désignation complètement inattendue. Je me suis dit que je n’avais rien à perdre et j’ai tout de même arbitré jusqu’aux matchs de classement pour les cinquièmes et sixièmes places ».

2014. Première Coupe du Monde!

N’allez pourtant pas croire que la carrière de Laurine Delforge est un long fleuve tranquille. Comme tout arbitre, elle doit savoir gérer la pression des rencontres et les bonnes comme les moins bonnes prestations, indispensables pour progresser. « Nous sommes obligés de passer par des moments plus difficiles. C’est comme ça qu’on avance. Quand tu te fais chambrer, c’est qu’il s’est passé quelque chose », confie la jeune femme de 26 ans. «Tu te demandes pourquoi le joueur ou la joueuse était aussi frustrée à tel moment. C’est une remise en question constante».

Quelques mois après la Coupe du Monde, elle s’envole pour la Corée du Sud et les Jeux Asiatiques. Une nouvelle étape déterminante dans sa route vers les Jeux Olympiques de Rio puisqu’elle y sifflera sa première finale, entourée de joueuses qui ne parlent absolument pas anglais. «J’ai passé trois semaines là-bas, avec presque personne qui parlait anglais. Cette expérience m’a appris à savoir montrer mes décisions par des gestes clairs», confirme Laurine Delforge. «Comme la Belgique n’était pas présente au tournoi, j’étais ce qu’on appelle arbitre neutre et j’ai dû prendre le leadership, à 23 ans. Avec des arbitres de 40 ans…». Surtout que de son propre aveu, elle n’a pas l’âme d’un leader. Un rôle qu’elle doit pourtant assumer lorsqu’elle monte sur le terrain et qu’elle a appris à maîtriser au fil des années. Une corde en plus à son arc qui l’a menée tout droit vers son objectif final, les JO.

Avant cela, la joueuse de l’Antwerp aurait pu vivre un autre tournant dans sa carrière de joueuse. Une ultime chance de disputer une compétition internationale avec les Red Panthers. Quelques mois avant la finale de la World League à Braaschaat, qualificative pour les Jeux de Rio, Pascal Kina la contacte pour intégrer le noyau de l’équipe nationale. Laurine Delforge ne tarde pas à faire son choix et décide de poursuivre l’aventure dans l’arbitrage. « Je n’allais pas tout lâcher pour éventuellement être la 18e joueuse. J’étais déjà bien partie pour aller arbitrer à Rio et j’avais clairement plus de certitudes dans l’arbitrage », confie l’internationale indoor.

Ne rien laisser au hasard

Le choix de l’arbitre belge est judicieux puisqu’elle siffle la finale féminine au Dragons. La voie semble toute tracée pour qu’elle soit désignée pour les Jeux Olympiques, même si elle espère plus qu’elle n’attend sa sélection, qui se confirme peu après. La récompense d’une ascension fulgurante. En quatre ans, Laurine Delforge a gravi tous les échelons de l’arbitrage international pour devenir la plus jeune arbitre de hockey de l’histoire des Jeux Olympiques. Le moins que l’on puisse écrire, c’est notre représentante belge a décidé de ne pas se déplacer à Rio pour faire de la figuration. Elle met toutes les chances de son côté pour faire le meilleur tournoi possible, sans se mettre de pression inutile. « Je voulais me préparer à fond pour l’évènement en me disant que quoi qu’il arrive, je n’aurais aucun regret et que je pourrais faire mieux la fois suivante », confirme la joueuse-arbitre.

Pendant trois mois, la préparation est intense et aucun élément n’est laissé au hasard. «J’ai travaillé ma vision,  ma condition physique, mon mental et ma communication, qui sont les quatre éléments fondamentaux de l’arbitrage». Les semaines sont chargées, puisqu’elle doit combiner son métier de juriste avec ses nombreux entraînements, digne des sportifs de haut niveau. Laurine Delforge travaille ainsi avec un spécialiste de la vision, qui a également travaillé avec Vincent Vanasch, consulte un expert de la communication avec qui elle analyse tous ses matchs et parfait sa condition physique, afin de pouvoir rester lucide pendant les rencontres. « La plus grosse partie était physique. Ce n’est pas facile d’enchaîner les rencontres puisqu’il faut être concentré de la première à la dernière seconde du match. Je ne suis jamais sentie fatiguée à Rio», se félicite la meilleure arbitre de l’année.

La suite, vous la connaissez. Laurine Delforge siffle, à seulement 25 ans, la rencontre que chaque arbitre rêve d’arbitrer. Quelques mois plus tard, elle est élue meilleure arbitre du monde. La jeune joueuse prometteuse de l’Orée qui sifflait les matchs de sa sœur ‘pour voir ce que c’est d’arbitrer’ a bien grandi. Elle est désormais au sommet de l’arbitrage mondial.

 

Bertrand Lodewyckx

L’analyse de Laurent Jacquet (son blog: http://leadyourway.net/)

 

 

«La meilleure version de soi-même»

Il y a trois éléments chez Laurine Delforge dont nous pouvons tous nous inspirer.

1.Sa personnalité. Elle reste toujours humble et simple. Elle n’a besoin d’en faire des tonnes ou de sur jouer pour se faire respecter. Elle reste elle-même et c’est une chose importante pour tout le monde. Laurine ne tente pas d’être quelqu’un d’autre pour forcer le respect des joueurs ou des joueuses. Et malgré son ascension très rapide dans l’arbitrage, elle reste les pieds sur terre, sans se croire meilleure que les autres.

2.Sa préparation pour Rio. Je trouve ça impressionnant de sa part d’avoir su cibler très clairement quatre points qu’elle devait améliorer et d’avoir établi un plan très clair pour arriver fin prête à Rio. Elle s’est entourée de spécialistes ou d’expert avec qui elle a pu remplir les objectifs qu’elle s’était fixé. Elle s’est clairement donné les moyens de ses ambitions et je pense que c’est quelque chose que tout le monde devrait faire. Tout d’abord déterminer spécifiquement ce qu’il faut améliorer, ensuite établir un plan précis et enfin se donner les moyens pour parvenir à remplir ses objectifs.

3.La meilleure version de soi-même. Les deux éléments précédents m’amènent à un dernier point que tout le monde, individuellement, devrait tenter d’être. En tant qu’arbitre, elle n’a pas réellement d’adversaires, elle n’est pas en compétition avec quelqu’un. Cela lui permet de travailler sa personne, sans se comparer à d’autres, sans rejeter la faute sur quelqu’un. Plutôt de râler sur son patron, de se plaindre des conditions etc., on devrait tous s’efforcer de devenir la meilleure version de soi-même.

2 réflexions sur “Inspiring stories #3: Laurine Delforge, d’espoir national à meilleure arbitre du monde

  1. bravo à ma Nièce super contente et très fière d’elle

    très beau compte rendu que déloges et elle le mérite bien après
    tout ses efforts étant petites elles regardait tristement ses parents partir
    en vacances sans elle .Elle devait aller à un stage de hockey à spa
    c’était un des premier . C’est son parrain et moi qui l’avions conduite et une deuxième séparation . Elle à rejoint les autres qu’elle ne connaissait pas une petite larme à l’ œil , mais fière quand même.
    Encore bravo Laurine pour ce que tu a atteint ;

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