LE PATIENT ANGLAIS

La Coupe du Monde 2018 aura certainement laissé un goût doux et amer au hockey anglais. S’ils ont réussi à se qualifier pour les demis, ils se sont ensuite fait étriller par les Belges avant de se faire écraser en petite finale par l’Australie. Le résume en quelque sorte de leurs succès actuels. Si proche et si loin.

Il y a un peu moins de dix ans, les Anglais soulevaient le trophée de champion d’Europe en battant l’Allemagne. Mi-décembre 2018, ils affrontent la Belgique en demi-finale de la Coupe du Monde. Le résultat ? Une défaite 6-0. Le lendemain lors de la petite finale, les Australiens l’emportent 8-1. Quatorze goals encaissés en deux matchs. Ouille !

C’est devenu le paradoxe anglais et britannique, les deux équipes étant presque les mêmes. Entre leur sacre européen en 2009 et leur petite finale mondiale en 2018, Barry Middleton &cie ont terminé deux fois à la troisième place et deux fois à la quatrième place de l’Euro. Et en Coupe du Monde ? Les Anglais ont échoué au pied du podium lors des trois dernières éditions. Si les Jeux Olympiques de Rio ont été un véritable échec avec une triste 9e place, le podium leur avait de nouveau échappé de justesse à Londres.

Bref, les Anglais sont les champions du bronze et de la quatrième place depuis dix ans. « Nous avons réussi à être champions d’Europe en faisant confiance à un groupe de jeunes joueurs qui avaient joué ensemble en équipe nationale jeune puis en A », retrace Barry Middleton, véritable légende du hockey britannique et mondial avec plus de 400 matchs internationaux. « Ces joueurs ont acquis beaucoup d’expérience et ont réussi à être convaincus qu’ils pouvaient rivaliser avec les meilleures équipes du monde, et même les battre. Le coach avait compris qu’il ne fallait pas se baser uniquement sur un hockey défensif mais ajouter des éléments offensifs dans le jeu. C’est un risque qui a payé. Nous avions travaillé très dur sur les détails pour l’emporter », poursuit-il. Depuis, les sujets de la Reine Elizabeth II tentent de renouer avec le succès. En vain jusqu’à maintenant.

Comment retrouver l’or ?

Si l’on se concentre sur le hockey anglais et son championnat, principal pourvoyeur de l’équipe anglaise et britannique, on remarque que les clubs ne parviennent pas non plus à décrocher l’or sur la scène européenne. Seuls Reading, troisième en 2011 et Wimbledon, 4e en 2017 sont parvenus à se hisser dans le dernier carré de l’EHL. Le championnat anglais, national au plus haut échelon et puis régional, est désormais derrière les ténors hollandais, belges et allemands. Et les étrangers ne sont pas légion dans la compétition outre-manche. Le vivier de joueurs et sa qualité sont donc réduits par rapport aux principaux concurrents européens.

Comment alors retrouver le chemin des sommets ? « J’aimerais bien avoir la réponse à la question. Nous aurions déjà plus de médailles d’or », sourit Barry Middleton. « Je pense que c’est une combinaison de facteurs. Plusieurs pays, dont l’Argentine et la Belgique, sont venus apporter plus de concurrence au sein du hockey mondial et ont élevé le niveau de jeu. Nous avons connu plusieurs périodes de transition, après 2009 puis après 2016, sans pouvoir construire à long terme et passer le cap des demi-finales », se souvient le milieu anglais, qui se dit optimiste pour l’avenir. « Les joueurs arrivés depuis deux-trois ans sont en train de prendre pas mal d’expérience et sont en bonne position pour faire grandir l’équipe en vue de Tokyo puis Paris. Je crois également que la Pro League est une bonne chose pour l’équipe, qui pourra régulièrement affronter les meilleures nations et à nouveau être convaincue qu’ils peuvent les battre ».

Jamais réellement dans le creux de la vague, mais jamais vraiment au sommet, le hockey anglais et britannique doit se poser les bonnes questions pour à nouveau décrocher l’or et devenir l’une des nations phares du hockey mondial. Un travail de long haleine et difficile, connaissant l’actuelle concurrence de près d’une dizaine de pays qui ont les moyens de se hisser vers le top. « Le hockey fonctionne par cycles et il est difficile de toujours prester à haut niveau. Je crois qu’il faut laisser du temps aux jeunes de se développer, aux coaches d’atteindre leurs objectifs. Passer de la septième place mondiale à la première ne se fait pas en un tournoi. Cela prend généralement plusieurs années pour prendre confiance et devenir la meilleure équipe. La Belgique est un très bel exemple pour cela. Ils ont fait confiance en un certains nombres de joueurs et coaches pendant plusieurs années et cela porte ses fruits maintenant », conclut Middleton. Merci Barry ! Et bonne chance.

Bertrand Lodewyckx
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