Meet the Legends #3: Jean Willems, joueur et coach de légende

Il y a dix-sept ans, l’Héraklès, qui participait à sa dernière campagne en playoffs, était opposé au Dragons. Les Brasschaatois remportaient alors le titre avec, sur le terrain, un certain Jean Willems, l’un des joueurs les plus capés en sélection nationale du hockey belge. Près de vingt ans plus tard, Jean Willems pourrait bien retrouver les Lierrois sur son chemin vers le titre, cette fois en tant que coach. Portrait d’une légende du hockey belge.

Les plus jeunes et les novices du hockey belge ne le savent peut-être pas, mais celui qui est à la tête de l’équipe première du Dragons depuis maintenant quatre ans était l’un des meilleurs joueurs de sa génération et du hockey belge, avant de faire reconnaître ses talents de coach. Son palmarès parle pour lui. Plus de 300 sélections avec l’équipe nationale messieurs, plusieurs Coupes d’Europe et deux Coupes du Monde, trois titres de champion de Belgique avec le Dragons, en tant que joueur, et deux en tant que coach. Dire que Jean Willems est une figure de référence du hockey belge est un euphémisme. Il a tout simplement marqué un club et son sport de son empreinte.

Marquer son époque

Et dire qu’il n’aurait pu jamais ne fouler le moindre terrain de hockey. « Personne dans ma famille ne jouait au hockey », avoue-t-il. « J’ai d’ailleurs commencé à jouer au football à la Gantoise, de mes six à neuf ans. Il y avait beaucoup de jeunes de mon école qui jouaient au hockey et j’ai donc un jour accompagné un de mes amis. Le club était à 500 mètres de chez ma marraine et c’est comme ça que j’ai commencé le hockey ». La poursuite de son apprentissage se fait à la Gantoise, où il intègre l’équipe première dès l’âge de 16 ans. A l’époque, l’équipe fanion du club fait partie du ventre mou de la Division 1 (la Division d’Honneur de l’époque Ndlr) et c’est lorsque Jean Willems a 21 ans que son histoire d’amour avec le Dragons prend forme. Pendant dix saisons, il truste les sommets avec le club de Brasschaat. A la clé, trois titres et quatre médailles d’argent. « Nous avons perdu trois finales aux strokes, ce qui est tout de même assez rare et marquant », se souvient le double Stick d’Or (92 et 99). « Le Léopold était notre principal rival pendant quelques années et il y avait aussi le Baudouin, Louvain et vers la fin de ma carrière au Dragons, l’Héraklès ».

Entre temps, la carrière internationale du jeune Willems, qui intègre les A à 17 ans, a eu le temps de devenir l’une des plus riches de son époque, avec plusieurs participations à de grandes compétitions internationales. En seize ans, Jean Willems aura participé à « quatre, cinq Euro et deux Coupes du Monde, dont une que je n’ai pas joué parce qu’on m’a cassé le tibia une semaine avant lors d’un match », précise-t-il. Lorsqu’il prend sa retraite internationale en 2003, l’actuel coach du Dragons approche de la fin de sa carrière de joueur, qu’il aura successivement passée à la Gantoise, au Dragons, au White Star (deux saisons) avant un retour dans son club de cœur pour deux ultimes saisons. Et si à partir de 2004, le public ne le verra plus fouler les terrains, Jean Willems ne se séparera du hockey que quelques mois, pour rapidement le retrouver en tant que coach. « Quand j’étais joueur, je ne pensais pas à devenir coach, mais c’est vrai que vers la fin de ma carrière, j’ai commencé à y réfléchir. J’avais envie de continuer à ressentir cette adrénaline que j’avais lors de ma carrière de joueur », confie le père de Louis et Tommy Willems, tous les deux joueurs de Division d’Honneur.

De l’Héraklès au Dragons

Sa retraite en tant que joueur à peine annoncée, Jean Willems ne tardera pas à trouver une occupation pour ses dimanches puisque dès la saison suivante, il prendra la tête de… l’Héraklès. Une première saison en tant que coach pas franchement convaincante, avec la descente du club lierrois en Division 2. « C’était une équipe avec beaucoup de jeunes », se justifie-t-il. Celui qui est encore nouveau dans le monde des coachs belges s’éloigne des terrains la saison suivante, pour mieux rebondir à l’Orée. Le club woluwéen est à la fin d’une génération qui a brillé au sommet du hockey belge et Jean Willems doit compter sur les jeunes Van Aubel, de Paeuw ou Boccard pour maintenir l’équipe dans l’élite du hockey belge. « Ils n’avaient que quinze, seize ans à l’époque. Je crois que nous étions l’équipe la plus jeune de Division d’Honneur trois saisons de suite. J’ai tout de suite repéré que Florent (Van Aubel Ndlr) pouvait aller très loin et rapidement », se souvient le coach, qui a le don de faire éclore les jeunes talents au plus haut niveau.

Pendant quatre saisons, l’Orée parvient à se maintenir, malgré les nombreux départs de ses meilleurs jeunes chaque année. La descente se rapprochait pourtant de saison en saison et Jean Willems ne peut éviter le sort qui est réservé à l’Orée, qui chute en D1 en ayant tout de même terminé la saison avec 21 points. « Cela devenait vraiment compliqué de construire une équipe à long terme avec tous les départs. Des Perez, Delmoitié sont aussi partis à cette époque et les jeunes qui arrivaient n’étaient plus aussi forts que la génération précédente », souligne l’ancien international. « Le Dragons m’a alors proposé de travailler avec Eric Verboom comme T2 ».

Un chef d’orchestre

Pendant deux saisons, Jean Willems collabore avec le coach néerlandais et voit naître un joueur qui s’imposera en quelques années comme le plus grand espoir du hockey mondial. Un certain Arthur Van Doren est en train d’éclore au plus haut niveau. Comme il l’a fait depuis le début de sa carrière, Jean Willems tire le meilleur de jeunes joueurs qu’il supervise et leur donne toute sa confiance, quel que soit leur âge. « J’ai toujours dit que je ne regardais jamais l’âge mais bien la performance. Si un joueur de 17 ans est meilleur qu’un autre de 28, je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas jouer, ni d’ailleurs  le considérer différemment », explique celui qui est aussi directeur au sein d’une entreprise de terrains synthétiques. « C’est très important de leur parler comme à des adultes. Je ne m’adresse pas différemment à un Henri Raes qu’à un Jeffrey Thys. Il faut que les jeunes se sentent considérés comme les autres et il est important de les motiver constamment, en leur donnant beaucoup de conseils. Les jeunes sont très réceptifs et il faut travailler leurs points forts et améliorer leurs points faibles. Leur dire : ‘C’est bien, mais il y a encore ça à faire mieux’ », considère Jean Willems.

Tel un chef d’orchestre, le coach du Dragons délègue beaucoup de responsabilités, que cela soit à son staff ou à son équipe. Une façon pour lui de mieux gérer le groupe en leur donnant les clés de la route vers le succès. Plutôt qu’une somme d’individualités, le Gantois, qui dirige les Brasschaatois pour la 4e saison consécutive, prend son équipe comme un groupe qui doit s’autogérer, sous la direction d’un coach. « J’appelle ça le ‘contrôle social’. C’est aux joueurs de replacer leurs coéquipiers s’ils ne respectent pas la tactique. Je n’aime pas trop les coachs qui disent : ‘L’équipe a gagné grâce au système mis en place’. C’est le groupe qui est responsable et les joueurs comprennent alors que c’est eux qui ont les cartes en main pour l’emporter ».

Jean Willems, l’un des seuls entraîneurs de Division d’Honneur à ne pas être professionnel est un homme qui fonctionne à la performance, que ce soit en tant que coach ou dans son métier. Il a prouvé qu’il était capable d’atteindre ses objectifs comme joueur, comme coach et comme directeur de société. Plus que les résultats, c’est le processus qui mène à la performance qui motive l’ancien international et coach du Dragons. «C’est l’énergie qu’on met dans son travail qui est importante. Je veux gagner mais en jouant bien. C’est vraiment le chemin vers la performance qui me booste. Quand je vois les progrès de Timothy Luyten par exemple, ou la façon dont a évolué Arthur Van Doren, c’est une motivation extraordinaire». Faire éclore les jeunes au plus haut niveau, voilà la marque de fabrique de Jean Willems.

Bertrand Lodewyckx
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