Une Belge au sommet de son art

Championne de Belgique en 2019, j’ai participé aux Jeux Olympiques de Rio lors desquels j’ai atteint la finale, joueuse de l’Antwerp, juriste, j’ai 31 ans et je participerai à ma deuxième olympiade à Tokyo, je suis, je suis…..

Laurine Delforge ! Vous avez buzzé à temps, vous remportez le point. Bien joué ! On avait oublié de mentionner qu’elle avait également été élue meilleure arbitre de la planète en 2018. Accessoirement. Mais ce n’est en tout cas pas elle qui va vous le faire remarquer. A l’heure d’Instagram et des réseaux sociaux ou paraître se conjugue plus facilement (mais avec des fautes) qu’être (grommelle le vieux réac’), Laurine Delforge aime à rappeler l’un des principes élémentaires de l’arbitrage. « Si tu es là pour faire la police et que tu aimes bien te montrer, tu n’es pas au bon endroit avec un sifflet en main sur un terrain de hockey. Selon moi, tu dois être vu quand tu dois être vu et seulement quand tu dois être vu. Mais si c’est pour faire le malin ou qu’on te voie, il vaut mieux être joueur ou… journaliste (rires) ». Plus stricts ou axés sur la communication, prompt à sortir les cartes, cultures différentes, les styles d’arbitres sont nombreux. « La personnalité fait beaucoup et l’un des défis dans un tournoi ou dans un match, c’est de parvenir à garder une certaine ligne de conduite commune à tous les arbitres. Ce n’est parfois pas facile. Il y a des arbitres que tu ne connais pas, qui gèrent différemment, c’est une adaptation constante», souligne-t-elle. Mais vu que c’est un portrait de notre arbitre belge, on laissera un peu les autres de côté pour se concentrer sur Referee Delforge. Décryptage d’une joueuse/arbitre à la personnalité discrète mais déterminée et qui marche aux défis.

« En plein pendant la
période d’examens, on
m’appelle pour aller
arbitrer en Afrique du Sud
un tournoi 3 Nations avec
notamment les Belges. Je
saute sur l’occasion»

Du Watducks à l’Afrique du Sud
Comme pour beaucoup de personnes qui ont du talent et de la détermination, le parcours de Laurine Delforge dans l’arbitrage se débobine en x2 sur la télécommande. On vous la fait rapidement. Repérage au Watducks en arbitrant sa petite sœur. Suivi assidu. Arbitre nationale. Afrique du Sud. On a sauté quelques étapes pour en venir à l’essentiel. Un tournant dans sa vie. Bouton pause. Elle explique. « C’était en janvier 2012. En plein pendant la période d’examens puisque j’étais encore étudiante. Je ne suis pas reprise en Panthers après ma période U21. On m’appelle pour aller arbitrer en Afrique du Sud un tournoi 3 Nations avec notamment les Belges. Je saute sur l’occasion. Trois semaines de voyage là-bas, quel rêve », rigole Laurine. « J’arrive là-bas avec peu d’expérience. C’est mon premier tournoi international et coup de bol, la coach-arbitre est une légende qui vient de prendre sa retraite. Record du nombre de matchs arbitrés en international. Ses débriefs sont rapidement très positifs et elle me dit : ‘Si tu te concentres sur l’arbitrage, tu es dans quatre ans aux Jeux’. J’avais un peu du mal à y croire mais elle m’a vraiment donné confiance et des ambitions dans l’arbitrage alors que je ne pensais qu’à ma carrière de joueuse à ce moment-là». Depuis cet épisode, elle a décidé de…. continuer de front ses deux vies de hockeyeuse. Entre Division d’Honneur féminine, titre de championne de Belgique comme joueuse et Coupe du Monde et Jeux Olympiques en tant qu’arbitre, Laurine Delforge jongle avec les défis, la gestion de son temps et la remise en question.

Zone de confort, zone de contrôle

« À chaque match, tu es mis à nu. Tu es potentiellement sous le feu des critiques. Il faut parvenir à gérer les commentaires, passer au-dessus, arriver à se regarder dans la glace, faire son autocritique. C’est certain que beaucoup de personnes considèrent le rôle d’arbitre comme ingrat et difficile mais je ne l’ai jamais vu comme cela. On apprend énormément de chaque rencontre », confie Laurine. « Je suis plutôt quelqu’un de timide et qui n’a pas énormément confiance en soi et l’arbitrage me permet de sortir de ma zone de confort. La communication n’était pas mon fort au début. J’ai dû me forcer à élever un peu la voix, montrer que je n’étais pas d’accord avec un duel un peu trop rugueux par exemple. Il faut être capable de gérer les émotions présentes sur le terrain, les joueurs etc. C’est un peu cliché à dire mais c’est une école de vie. Ce que tu apprends en tant qu’arbitre, tu peux également l’utiliser dans ta vie de tous les jours ».

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Avant de trop vous enthousiasmer et de vous inscrire aux cours d’arbitrage, sachez qu’il y a une pression à gérer, des désignations lors des tournois, les commentaires des joueurs, des coachs et les débriefings des coachs-arbitres. Fidèle à elle-même, notre arbitre belge retire le positif de ce qui pourrait être vu comme un fardeau pour d’autres. « Tout cela vient avec l’expérience. Il faut avoir une carapace solide pour accepter les critiques, les remises en question, les matchs moins bons pour lesquels tu rumines quelques heures, voire quelques jours », sourit-elle. « Mais j’aime les défis et le rôle de coach, par exemple, est très compliqué aussi alors. Tu es sur la sellette, tu dois faire des résultats etc. On apprend au fur et à mesure à passer outre les obstacles, retirer du positif et continuer à travailler les éléments qu’il faut améliorer. C’est un métier solitaire, pas comme une joueuse qui a son équipe autour d’elle. Il faut apprendre à faire la part des choses. Au début, je me mettais la pression pour les désignations. Il fallait que je sois excellente à chaque match pour continuer à progresser et faire les grosses rencontres. Au final, ce n’est pas quelque chose que tu maitrises. Tu peux danser sur ta tête, ça ne changera rien», relativise celle qui a notamment arbitré la finale des Jeux Olympiques de Rio.

Chez certains, ça n’arrive jamais (retour du vieux réac’), chez d’autres cela vient plus vite. Laurine Delforge a de la sagesse à revendre (elle a d’ailleurs commencé la méditation Ndlr) et elle en apprécie d’autant plus les moments passés sur le terrain un sifflet à la main. Après avoir atteint les sommets de l’arbitrage international, elle mise sur son perfectionnisme et sur ses apprentissages pour mêler excellence et plaisir. «Tu veux toujours te dépasser. Mais ce n’est pas comme si je devais absolument atteindre tel ou tel objectif. Je veux ne pas avoir de regrets, me préparer au mieux, maîtriser le plus possible ce que je peux maîtriser. Le reste, tu ne sais pas le gérer ». À Tokyo, elle découvrira, comme tout le monde, des Jeux Olympiques inédits avec protocole sanitaire et rencontres à huis clos. «Ce ne sera pas la même routine, il faudra s’adapter. Et puis jouer sans public… On peut penser que c’est plus facile parce qu’il y a moins de pression mais clairement, ça te met dedans directement. C’est mieux d’avoir du public. C’est une nouvelle réalité qu’il faudra apprivoiser », conclut l’arbitre belge.

Bertrand Lodewyckx

Photos: Laurent Faucon

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